Dominique Warluzel :
quand un célèbre avocat prend la plume

On connaît Dominique Warluzel en tant qu’avocat, on le connaît moins en tant qu’auteur dramatique. Pourtant, il a connu le succès avec sa première pièce de théâtre en 2012.

Dominique Warluzel, un avocat passionné de cinéma et de théâtre depuis toujours

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Ses débuts en tant qu’avocat

Dominique Warluzel est un avocat très connu en Suisse et particulièrement à Genève.

Après une scolarité à Florimont, il se lance dans des études de droit à 18 ans, alors qu’il aspire plutôt à une carrière dans le théâtre. C’est avec brio qu’il réussira sa licence, jusqu’à obtenir son diplôme à l’âge de 23 ans. Deux ans plus tard, il obtient son brevet d’avocat.

Alors qu’il n’est qu’étudiant, Dominique Warluzel décroche un stage chez le célèbre avocat genevois Dominique Poncet. Il sera stagiaire, collaborateur, puis associé du cabinet jusqu’en 1991. Très jeune, il se voit confier des dossiers importants.

En 1984 par exemple, a lieu le procès aux Assises du ravisseur de la fille de l’écrivain Frédéric Dard. Une affaire clé dans la vie de Dominique Warluzel, chargé de défendre le présumé coupable. Même si l’accusé écope de la peine presque maximale, le talent d’orateur du jeune avocat suisse ne passe pas inaperçu. 

Dominique Warluzel plaidera d’autres affaires retentissantes jusqu’à ouvrir son propre cabinet d’avocat en 1996 aux côtés d’un autre célèbre avocat Genevois, l’ancien bâtonnier Marc Bonnant. Durant cette période, il défendra Stéphane Lagonico après son rapt à Lausanne ou Carlo Lavizzari dans l’affaire de la Banque cantonale de Genève. Il deviendra également l’avocat des stars en défendant des personnalités du cinéma français.

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Ses adieux au prétoire

En 2012, après 30 ans de carrière, Dominique Warluzel fait ses adieux au prétoire. La défense de son ami Carlo Lavizzari aura été la dernière. Le promoteur était accusé d’avoir fait perdre plus de 100 millions de francs à la Banque Cantonale de Genève (BCGe), avec la complicité du président de l’époque, Dominique Ducret, et du directeur, Marc Fues. Même après tant d’années de métier, le trac n’a jamais quitté Dominique Warluzel dans le prétoire. Les seuls moments où il n’avait pas peur, c’était devant la caméra, lors des nombreuses émissions qu’il a animées à la télévision suisse. Il faut dire que le métier d’avocat demande une énergie et une vivacité d’esprit de tous les instants.

Dominique Warluzel a toujours misé sur l’improvisation et la création en temps réel lors de ses plaidoiries. Il est convaincu qu’un discours ne doit pas ressembler à une dissertation prédéfinie.

Il a failli tout lâcher à l’époque où il était stagiaire, avant que le métier d’avocat devienne une véritable passion. Jusqu’à prendre trop de place. Fatigué, Dominique Warluzel a donc préféré quitter le monde judiciaire il y a 7 ans pour se consacrer à son premier amour, le théâtre.

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Une vraie passion pour le théâtre

Dès son plus jeune âge, Dominique Warluzel rêve de théâtre. Avec son ami d’enfance Christophe Lambert, il s’imagine sur les planches ou à la télévision. Ce n’est pas un hasard s’il devient un très bon orateur dans les tribunaux et un présentateur reconnu à la télévision. Son goût pour le spectacle a toujours était présent. C’est pourtant une carrière d’avocat qu’il mènera une grande partie de sa vie, poussé par une mère désireuse que son fils fasse de grandes études.

Quand ils étaient jeunes, les parents de Dominique Warluzel et de Christophe Lambert cherchaient à les séparer. Les deux amis n’étaient pas les plus sérieux durant leurs études et défiaient même parfois la loi, comme lorsqu’ils ont osé revendre des pièces anciennes glannées dans leur salle de dessin. Le binôme est contraint de se séparer à l’âge de 18 ans. Christophe Lambert est envoyé à Paris et Dominique Warluzel à Nice. En 1984, alors que Christophe Lambert est révélé au public dans « Greystoke, la légende de Tarzan », Dominique Warluzel plaide dans l’affaire qui marquera le début de sa carrière d’avocat. Il prendra néanmoins sa revanche sur le monde artistique des années plus tard…

Fratricide, une pièce de Dominique Warluzel

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La concrétisation d’un vieux rêve

En 2012, alors qu’il vient de faire ses adieux au prétoire, Dominique Warluzel concrétise un vieux rêve : publier une pièce de théâtre. Après une carrière d’avocat et de présentateur de télévision brillante, il décide d’aller explorer d’autres horizons.

Depuis la mort de son père alors qu’il était très jeune, Dominique Warluzel a toujours ressenti le besoin de faire un maximum de choses, conscient de la fragilité de la vie. Se lancer dans le théâtre, une passion depuis toujours, semblait donc une évidence.

Sa première œuvre,  « Fratricides », raconte l’histoire de deux frères à travers un huis clos. Lorsqu’il se lance dans l’écriture de cette première pièce, il ne sait pas ce que cela donnera. Choisir le théâtre est néanmoins un choix muri depuis longtemps, lui qui en apprécie la forme et l’essence.

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Le combat de deux frères à huit clos

L’histoire de Fratricides est celle d’un huis clos. L’histoire d’une rencontre entre deux frères qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps. L’un a réussi sa vie et exerce en tant qu’avocat. Il mène une vie rangée et sans ombre au tableau. L’autre a fait de la prison et campe une nature rebelle. Ils se retrouvent chez le notaire après 17 ans de séparation, à l’issue des funérailles de leur père.

Les deux hommes aux personnalités opposées s’affrontent au moment du partage de la fortune héritée. Ressortent alors les frustrations, rancœurs, jalousies accumulées pendant l’enfance et que le temps n’a pas apaisées. Les mots laissés pas le défunt, maladroit dans ses rapports avec ses enfants, n’arrangent rien à la complexité de la situation. La confrontation connaît un tournant lorsqu’un lourd secret de famille est révélé. Le bon et le méchant ne sont alors plus ceux que l’on croyait.

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Le succès de Dominique Warluzel en tant qu’auteur dramatique

La première représentation de « Fratricide » a lieu le 1er octobre 2013 au Bâtiment des Forces Motrices à Genève, une ancienne usine reconvertit en théâtre. Les rôles des deux frères sont confiés à Jean-Pierre Kalfon et Pierre Santini, deux acteurs de théâtre reconnus au grand talent. La mise en scène est réalisée par Delphine de Malherbe. Ce sont Pascal Legros et Patrick Messmer qui en assurent la production.

« Fratricide » connaît vite le succès. L’année d’après, en 2014, la pièce est jouée dans le cadre du Festival d’Avignon 2014 au Théâtre la Luna, soit 24 représentations. S’en suivra une série de représentations au Théâtre de Poche-Montparnasse à Paris quelques mois plus tard. Elle restera à l’affiche dans la capitale jusqu’en mars 2015. En tout, la pièce a été jouée plus de 200 fois. Les critiques s’accordent pour mettre en avant le talent de l’auteur ainsi que celui des deux acteurs principaux, sublimés par cette confrontation fraternelle.

La vie de Dominique Warluzel en 195 pages

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Un événement dramatique

Dominique Warluzel ne profitera cependant pas pleinement du succès de sa pièce. En janvier 2013, alors qu’il se trouve au Bahamas, il est victime d’un AVC qui l’handicape lourdement. Dans un documentaire de son ami réalisateur Raymond Vouillamoz, il se confie longuement sur sa vie telle qu’elle était avant son accident vasculaire cérébral et telle qu’elle est maintenant.

Dans ce film intitulé « Avec la vie que j’avais » paru en 2015, on peut voir Dominique Warluzel essayer de faire face à l’aide de la rééducation.

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Ma vie d’avant… et d’après

Ce documentaire n’est pas la seule production sur la vie de Dominique Warluzel.

En 2016, il co-écrit avec Béatrice Barton le livre « Ma vie d’avant… et d’après » sorti aux éditions Favre.

Avec son amie, journaliste aujourd’hui à la retraite qui fut sa partenaire dans plusieurs émissions de TV, il raconte son enfance, sa carrière et son combat pour retrouver une vie normale.

On apprend qu’il a été un enfant solitaire et orphelin de père à 15 ans, un adolescent turbulent, un carriériste, un homme qui aimait les belles femmes. Un passé aux antipodes de son présent, ponctué de désespoir et d’efforts immenses pour réapprendre à son corps de fonctionner.

Le livre raconte sa vie, mais aussi le quotidien de 16 000 personnes en Suisse qui sont victimes d’un AVC chaque année. Une biographie sincère, écrite avec des mots simples bien que poignants, pour rester proche du lecteur. 

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La suite de l’histoire ?

L’histoire de Dominique Warluzel est loin d’être finie. L’homme aux multiples facettes a d’autres projets de pièces de théâtre en tête.

Parmi elles, l’histoire d’un homicide conjugal. Suite à des actes de violence domestique à répétition, une femme tue son mari. S’agit-il d’un meurtre, d’un meurtre par passion ou d’un assassinat ? Pour jouer le rôle de la femme, Dominique Warluzel a pensé à Corinne Touzet, connue notamment pour son rôle dans la série « Une Femme d’honneur ».

Malheureusement, l’avocat maintenant auteur ne peut plus utiliser sa main gauche, celle dont il se sert pour écrire. Il continue donc un travail de rééducation aux Bahamas, où il réside actuellement, afin de retrouver l’ensemble de ses facultés.